Que la migration commence

Lu en quelques minutes
Par Ann Brady
Mots clés : Sécurité
Publié le
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La migration de l’OHSAS 18001 vers la nouvelle Norme internationale ISO 45001 comporte certes des défis, mais avec une planification rigoureuse, les contrôles nécessaires et un investissement réel, les organismes, leurs employés et l’ensemble des parties prenantes profiteront de tous les avantages qu’apportent les systèmes améliorés de management de la santé et de la sécurité.

Bienvenue dans le monde de la santé et de la sécurité, qui, comme le « politiquement correct », déclenche souvent des réactions extrêmes : yeux levés au ciel, soupirs réprobateurs et autres signes d’agacement. Nous avons tous entendu parler de ces histoires absurdes (et parfois inventées) où le principe de « santé et sécurité » poussé à l’extrême se met à « dérailler ». Ainsi, telle école aurait interdit les yo-yo et les bouilloires auraient été bannies des entreprises.

Bien souvent, ces histoires ne sont en réalité que des légendes, des mythes urbains qui ont acquis droit de cité au fil des ans, résultat d’une interprétation trop zélée des règles applicables en matière de santé et de sécurité, et de la crainte d’être poursuivi en justice.

Dormir au travail

Il va de soi que toutes les entreprises et institutions ont le devoir de mettre à la disposition de leurs employés des lieux de travail sûrs et sains. On peut à cet égard citer des exemples qui déclenchent parfois des signes d’agacement, comme ces organisations et sociétés de technologie où les caissons de sommeil et les salles de repos se généralisent, notamment les salles de repos en forme de dôme installées au siège de Baidu, le géant chinois du Web, ou les caissons de sommeil MetroNaps mis à la disposition des employés de Google au siège de l’entreprise en Californie.

Serait-on devenu trop indulgent ? Peut-être. La plupart des PME, et même la plupart des entreprises du secteur public et du secteur privé, considéreraient sans doute que les caissons de sommeil sont un luxe qu’elles ne peuvent s’offrir. Et encore, peut-être pas, car les sociétés novatrices perçoivent de plus en plus les effets positifs que peut avoir la recharge des cerveaux fatigués de leurs salariés sur leur résultat net. Lawrence Epstein, ancien président de l’American Academy of Sleep Medicine, déclarait en septembre 2017 dans un article du Financial Times sur la santé et la sécurité au travail : « Nous voyons de plus en plus à quel point les troubles du sommeil ont une incidence sur la productivité, les coûts de santé et les accidents sur le lieu de travail. Aux États-Unis, le coût de l’insomnie est estimé à plus de USD 100 milliards si l’on cumule baisse de productivité, absentéisme et présentéisme [salariés non productifs au travail]. »

Selon un rapport de 2016 du Forum économique mondial intitulé Future of Healthy – How to Realize Returns on Health, des entreprises comme Google reconnaissent aujourd’hui que la promotion d’un environnement de travail sain a pour effet d’accroître la productivité, et contribue à attirer les talents et à les conserver. Le rapport poursuit en ces termes : « Lorsque les salariés sont en bonne santé, les coûts des soins diminuent et, selon le contexte local, les coûts de pension aussi. De même, on évite bien des problèmes. »

Une productivité accrue

On comprend mieux, à la lecture de quelques chiffres, pourquoi la notion de « santé et sécurité » est si importante. D’après l’Organisation internationale du Travail (OIT), les accidents, les traumatismes et les pathologies liés au travail tuent près de 2,78 millions de personnes chaque année. De toute évidence, ces décès ont une incidence, au-delà des organismes, sur ­l’­ensemble de l’économie, qui doit supporter les coûts des départs en préretraite, des soins de santé et de l’augmentation des primes d’assurance. Toujours selon l’OIT, les pertes financières dues aux mauvaises pratiques en matière de santé et de sécurité en milieu professionnel sont estimées à 3,94 % du produit intérieur brut (PIB) mondial chaque année.

Dans un article paru dans le Financial Times, Christa Sedlatschek, Directrice exécutive de l’EU-OSHA, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, explique : « Selon les estimations, le coût économique des pathologies et des traumatismes liés au travail représente de 3 % à 5 % du PIB de l’UE. Le mauvais état de santé et les traumatismes sont aussi responsables de quelque 4 000 décès par accident qui auraient pu être évités, et d’environ 160 000 décès dus à des maladies professionnelles chaque année. »

Avec l’essor de la technologie et de l’intelligence artificielle, la nature du travail et du lieu de travail évolue, et c’est un défi majeur. Le Global Wellness Institute souligne la nécessité de donner aux travailleurs des compétences adaptées aux nouvelles technologies, qui rendent le travail « plus fluide, modulable et collaboratif ». Selon un rapport de l’institut consacré au bien-être au travail, « pour survivre et se développer dans le futur, les entreprises et les organisations devront tirer parti du potentiel que présente le bien-être en mettant en adéquation les environnements et les cultures de travail avec les valeurs personnelles des travailleurs, leurs motivations et leurs besoins de bien-être. »

L’unité dans la collaboration

De toute évidence, les sociétés et les institutions, qui se démènent pour accroître leur productivité et améliorer leur rentabilité et le bien-être de leurs salariés, gagneraient à examiner de plus près leurs systèmes de management de la sécurité et de la santé au travail. Au fil des années, la confusion quant aux normes nationales et aux programmes de certification commerciaux destinés à répondre à ces questions a finalement conduit à la création du groupe de projet OHSAS (Référentiel de management de la santé et la sécurité au travail), une initiative de collaboration internationale, qui a parlé d’une seule voix. Le groupe réunissait des représentants d’organismes de normalisation nationaux, de milieux universitaires, d’organismes d’accréditation et de certification, et d’institutions spécialisées dans la sécurité et la santé au travail. Le groupe BSI, membre de l’ISO pour le Royaume-Uni, en assurait le secrétariat.

Selon Trevor Dodd, qui a travaillé avec la BSI et représente le groupe de projet OHSAS, la norme OHSAS 18001 a permis de renforcer l’engagement et l’implication des dirigeants et d’améliorer la formation et la communication, ce qui a eu pour effet de réduire les taux d’accidents et d’incidents. Cependant, le monde devenant de plus en plus complexe et interconnecté, la santé et la sécurité au travail a évolué sous la forme d’une nouvelle norme ISO, ISO 45001, qui remplacera à terme l’OHSAS 18001. La nouvelle norme apportera aux organismes des systèmes de management encore plus efficaces. Selon M. Dodd, elle contribuera aussi à mettre fin à l’« impression que, souvent, les mesures mises en place en matière de santé et de sécurité sont inutilement restrictives et non nécessaires au vu des risques réels », et fera peut-être même diminuer les réactions d’agacement que nous évoquions plus haut.

Pourquoi donc une nouvelle norme ? Écoutons M. Dodd : « La mise en œuvre d’ISO 45001 se justifie pleinement, car elle apporte un cadre qui permet de gérer les risques liés à la santé et à la sécurité au travail (S&ST) de façon proportionnée et proactive. Le but est de procurer des lieux de travail sûrs et sains qui permettent de prévenir les traumatismes et les pathologies liés au travail et d’améliorer en continu les performances en matière de S&ST. » Il poursuit en citant les aspects essentiels d’ISO 45001 qui permettent d’atteindre tous ces objectifs : « le leadership, la consultation et la participation des effectifs, les processus d’identification des dangers, l’évaluation des risques et opportunités ainsi que les ressources, la compétence, la maîtrise opérationnelle, l’évaluation des performances et l’amélioration continue ».

Relever les défis

Migrer d’une norme à lʼautre ne se fera pas sans mal. Mais Marcus Long, Directeur général de l’IIOC (Organisation internationale indépendante pour la certification), précise que la mise au point d’ISO 45001, à laquelle ont collaboré quelques-uns des meilleurs spécialistes mondiaux du domaine de la santé et de la sécurité, a abouti à un document « fabuleux » et « de classe mondiale » qui sera bénéfique à toutes les parties concernées.

M. Long ajoute que la mise en œuvre de la nouvelle norme sera plus facile pour les organismes qui utilisent déjà d’autres normes ISO de systèmes de management (par exemple, ISO 9001 pour le management de la qualité et ISO 14001 pour le management environnemental), car elles ont la même structure. Selon lui, « le meilleur conseil que l’on puisse donner pour mettre en œuvre la nouvelle norme est de suivre le modèle de base de la norme de système de management la plus utilisée au monde, ISO 9001 : Planifier-Réaliser-Vérifier-Agir ».

Les organismes certifiés ont trois ans pour passer de l’OHSAS 18001 à ISO 45001 et M. Long les met en garde : leur plus grand défi sera peut-être de respecter cette contrainte de temps. Il recommande aux organismes de ne pas sous-estimer la tâche : « Les ressources sont limitées ; pour obtenir les meilleurs résultats, il faudra donc une bonne planification. »

Catherine Montagnon, de l’INRS, l’institut français de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, est l’Animatrice du groupe de travail mixte ISO/CASCO/JWG 48, qui travaille en coopération avec le comité de projet ISO/PC 283 sur la santé et la sécurité au travail. Responsable de l’élaboration de la spécification technique ISO/IEC TS 17021-10, Exigences de compétence pour l’audit et la certification des systèmes de management de la santé et de la sécurité au travail, publiée conjointement avec ISO 45001, elle est aussi le Chef de la délégation française du groupe de travail GT 1 de l’ISO/PC 283, qui a été mis en place en vue de l’élaboration d’ISO 45001. Mme Montagnon explique que l’élaboration de la norme a été un processus long et difficile : « Plus de cent experts ont discuté et débattu pendant cinq ans pour parvenir à un texte acceptable. »

Elle est convaincue que la nouvelle norme offre « des mesures renforcées propres à éliminer les dangers et à réduire les risques au minimum selon une hiérarchie des mesures de prévention ». Cela étant, elle souligne que la certification à elle seule ne se traduira pas par une amélioration de la santé et de la sécurité sur le lieu de travail, mais par un engagement de la direction en faveur de la performance dans ce domaine. « L’amélioration des conditions de travail passe nécessairement par une démarche globale qui repose sur le renforcement du dialogue social et la participation des travailleurs à tous les niveaux. Les travailleurs et leurs représentants devraient contribuer à l’identification des améliorations possibles et à l’évaluation des risques, et participer à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un plan d’action », ajoute-t-elle.

Un message plus clair

Un autre avantage de la nouvelle norme, selon Mme Montagnon, réside dans ses « définitions larges des travailleurs et du lieu de travail, et dans le texte précis concernant les achats (intervenants extérieurs et externalisation), qui devraient réellement permettre aux entreprises de procurer des lieux et des conditions de travail qui soient sûrs et sains à toutes les personnes qui travaillent pour elles ».

Mme Montagnon appelle néanmoins l’attention sur le fait qu’en raison de la mondialisation et des structures économiques nationales changeantes, il est difficile de « renforcer la culture de la santé et de la sécurité au travail partout dans le monde ». Elle donne des précisions sur les risques et les opportunités : « Le risque réside dans une disparité et des écarts grandissants entre les pays. Il réside aussi dans une démarche qui mettrait l’accent sur les besoins et les attentes des pays bien représentés (États-Unis, Canada, pays européens, Australie, etc.) et ne serait pas conforme aux besoins et aux attentes des autres pays. Mais l’opportunité qui se présente, c’est une culture de la santé et de la sécurité au travail soutenue par de nouveaux vecteurs de communication et par des messages clairs sur un retour sur investissement avéré, et une norme qui spécifie des exigences internationalement reconnues pour un système de management de la santé et de la sécurité au travail. »

M. Long résume la situation ainsi : « Les organismes qui tireront le maximum d’ISO 45001 sont ceux qui mettront en œuvre la nouvelle norme en cherchant à ce qu’elle marche pour leur organisme, et non pas pour obtenir le certificat, aussi précieux soit-il. » Les caissons de sommeil, les pommes gratuites et les cours de Pilates peuvent aider, mais il convient clairement de faire bien davantage. La migration vers la nouvelle norme ISO 45001 est un pas de géant dans la bonne direction.

 

Elizabeth Gasiorowski-Denis
Elizabeth Gasiorowski-Denis

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